Les dernières révélations des sites Arrêt sur image (ASI) et Acrimed ont mis au jour les similitudes entre certains passages du dernier livre de Joseph Macé-Scaron – « Ticket d’entrée », Grasset, 2011 – et le récit de voyage humoristique de l’Américain Bill Bryson – « Notes from a big country », Paperback. 1999.
Les faits – Les sites à l’origine de l’éclairage – l’une, ASI, ayant prit le parti d’en vérifier le bien fondé au préalable - ont libéré l’information lundi dernier : plusieurs sections – pour la plupart des anecdotes – empruntées à l’auteur globe-trotter, se trouveraient silencieusement imbriquées dans le roman du directeur de la rédaction de Marianne.
Une fois encore, achevant son œuvre – Twitter en tête – l’ensemble du réseau a rugi et contraint Macé-Scaron a reconnaître « une connerie », arguant, piteusement, de recopiages laissés à l’état de note dans un cahier, et dénaturés au point de trouver leur place dans son ouvrage, sans pour autant qu’il ait clairement fait mention de cet hommage gourmand.
Où la déception, prédominante… – À première vue, la majorité du récit de l’écrivain parisien repose sur elle-même, s’appuie sur les mots de son auteur, et l’ensemble, en définitive, ne saurait être rabaissé ni dénigré aussitôt pour un flagrant délit de paresse intellectuelle.
Et pourtant.
Car, il faut le souligner, c’est précisément ce point qui s’avère le plus gênant.
Le plus dérangeant d’un point de vue littéraire en ce qu’il remet en cause la sincérité d’esprit de Macé-Scaron.
L’homme a parfois le ton trop gauchisant, presque simpliste, et une verve ventripotente dans la critique du pouvoir en place qui va de paire avec l’aisance millénaire à persifler à l’encontre des responsables du moment.
De la même façon, la suffisance de certaines de ses intonations, ses manières doctes, mâtinées de condescendance, face à certains de ses interlocuteurs dont son oeil peine à dissimuler le peu de cas dont il fait de leur répartie, surprennent et dérangent souvent.
Cependant, la maîtrise qui est la sienne des enjeux géostratégiques – notamment Moyen Orientaux – son analyse politique – dès lors qu’elle se fait objective et censée – la culture historique et littéraire dont il fait montre – sont autant de point permettant de le considérer avec l’égard dû aux – sinon penseurs – du moins esprits critiques, intriguant à analyser, et intéressant à discuter.
C’est ainsi que, plus que la surprise ou la colère, la déception vint à s’installer à la découverte de sa bassesse.
La déception de voir l’esprit se complaire dans une forme de fainéantise mentale, appréciant tant le bon mot, bouillant tant de le faire sien, qu’il en a oublié le respect dû à l’auteur originel et le minimum d’honnêteté intellectuelle inhérent à tout travail personnel.
Dans le même temps, le vouer aux gémonies reviendrait à plagier une large part des commentaires de forums liés au « scandale Macé-Scaron » et participerait de la même ignorance.
… laisse, pour partie, place à la réflexion – Tout ceci n’a probablement rien à voir avec le recopiage passionné, par Patrick Poivre d’Arvor, de sa correspondance avec Agathe Borne.
Pareillement, l’innutrition pratiquée par Montaigne – dont Macé-Scaron a tâché d’éviter la comparaison, tout en le prenant pour exemple de sa tentative stylistique… – s’émancipe de cette recherche du bon mot, probablement passée inaperçu si l’auteur à moitié britannique et le chroniqueur de Canal+ ne partageait une lectrice commune.
En revanche, l’exercice doit aussi être considéré avec le potentiel qui est le sien, l’intérêt, comme lorsque employé par Perec, la puissance du collage lorsqu’il s’agit de l’intégrer à un récit, en tâchant de conserver la notice, l’article initial, …, et de l’insérer avec minutie entre les lignes, afin que l’ensemble passe pour homogène et rédigé d’un trait.
Mais, une fois encore, si cet argument est susceptible d’éclairer la tentative de l’auteur incriminé d’une teinte plus douce, il apparaît, ici, que l’essentiel de ces copié collé n’aura visé qu’à faire passer un bon mot, à s’emparer de sa paternité et, pis, à procéder sans le dire, pariant sur le ton léger général pour dissimuler son forfait.
En définitive, et au vue de la déception née de son écart, la prochaine réédition du livre de Boniface pourrait voir l’auteur de « Montaigne, notre nouveau philosophe » trouver une place, pitoyable mais justifiable, parmi les « intellectuels faussaires »…
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